L’intronisation du Mwami : un acte de résistance cosmique
L’intronisation du Mwami BHALITUSUKA SAA MBILI au sein de la chefferie des Watalinga incarne bien plus qu’un simple passage de pouvoir : c’est un acte profondément spirituel et civilisationnel. Dans la tradition africaine originelle, le pouvoir n’est pas une affaire d’ambition personnelle, mais une responsabilité sacrée, confiée à celui qui sait maintenir l’équilibre entre le monde visible et invisible. Le Mwami devient ainsi un médiateur vivant entre les ancêtres, la terre et les générations futures — non pas un souverain au sens moderne, mais une « flamme » porteuse de mémoire, d’éthique et de continuité cosmique. Face aux modèles de gouvernance importés et souvent aliénants, cette cérémonie est un puissant rappel : l’Afrique possède ses propres systèmes de sens, fondés sur la réciprocité, la mémoire et le respect de l’ordre juste. L’intronisation n’est donc pas un événement protocolaire, mais une réaffirmation identitaire, une résistance ontologique et une promesse de cohésion sociale. Tant que le chef gouverne avec fidélité aux ancêtres et que le peuple reconnaît cette autorité légitime, l’ordre africain demeure vivant — et le peuple, indestructible.
EVÉNEMENTS


Watalinga : l’intronisation comme réactivation de l’ordre africain
Dans la pensée africaine originelle, le pouvoir n’est ni une conquête ni une ambition personnelle. Il est une charge cosmique, confiée à celui qui est reconnu capable de maintenir l’équilibre entre le visible et l’invisible.
L’intronisation coutumière du Mwami BHALITUSUKA SAA MBILI, par son père SAA MBILI BAMUKOKA, s’inscrit dans cette haute tradition africaine où l’autorité procède de l’Ordre juste, harmonieux et vrai.
En effet, la chefferie des Watalinga n’est pas une construction administrative héritée de la colonisation. Elle est un espace sacré de continuité, une communauté ontologique où les Ancêtres ne sont pas morts, mais présents autrement. Dans cette vision africaine du monde, les morts ne disparaissent pas. Ils deviennent forces régulatrices, mémoire active et conscience collective. Pour cela, communiquer avec les vivants et les morts signifie alors gouverner en responsabilité devant les générations visibles et invisibles.
Le Mwami, après intronisation, n’est pas un Chef au sens profane du terme. Il est une FLAMME porteuse de parole, dépositaire du souffle ancestral, médiateur entre les forces telluriques, humaines et spirituelles. Sa fonction est de maintenir l’axe du monde communautaire, d’éviter la rupture du lien et d’empêcher la désagrégation du corps social.
Voilà pourquoi, là où la modernité impose la domination, la chefferie africaine enseigne la gestion de l’équilibre. Dans notre tradition, gouverner sans mémoire est une malédiction, disent les sages.
En guise de rappel, les Ancêtres ne commandent pas mais (lls) rappellent. Ils rappellent les limites, la mesure et le sens du commun. Ainsi, le Mwami est tenu à une éthique supérieure. Ici, Il ne parle pas seulement en son nom, mais au nom de la lignée, de la terre et de l’histoire longue du peuple Mutalinga.
À une époque marquée par la dépossession, la violence et la profanation des institutions africaines, cette intronisation est un acte de résistance ontologique. Elle affirme que l’Afrique n’est pas orpheline de ses systèmes de pensée, ni condamnée à emprunter ses modèles de gouvernance à des rationalités étrangères à son génie propre.
En acceptant cette charge, le Mwami BHALITUSUKA SAA MBILI ne reçoit pas un trône ; il reçoit une mission, celle de préserver l’âme du peuple, faire dialoguer l’héritage et le devenir, et maintenir le fil sacré entre la terre des Ancêtres et l’horizon des enfants à naître.
Car le sait-on pertinemment qu'un un peuple qui rompt avec ses Ancêtres se condamne à l’errance.
Un peuple qui honore ses Mwami selon l'ordre cosmique africain se rend indestructible, a-t-on toujours appris.
En somme, l’intronisation du Mwami BHALITUSUKA SAA MBILI n’est pas un événement circonstanciel, mais un acte de restauration de l’ordre africain du sens. Elle rappelle que la chefferie des Watalinga demeure un espace vivant de l'Ordre cosmique, où la Terre, les Ancêtres et le Peuple parlent d’une seule voix. Au Mwami revient le devoir sacré de gouverner dans la justice, la mesure et la fidélité à la mémoire ancestrale ; au peuple revient l’obligation de reconnaître, de protéger et de faire vivre cette autorité légitime. Car dit-on, l’ordre africain ne se soutient ni par la domination du chef ni par la soumission aveugle du peuple, mais par une alliance réciproque de responsabilité et de loyauté. Tant que ce pacte sera honoré, le peuple Mutalinga ne sera ni dissous dans l’oubli ni vaincu par les forces de la négation. Là où le devoir du Chef rencontre la conscience du Peuple, l'ordre cosmique demeure, et l’Afrique reste debout.
Bukasa Kabwe
Chercheur panafricain
